Qu’est-ce qui distingue un fonctionnement à haut-potentiel du syndrome Asperger ?

Ce questionnement est présent chez bon nombre de patients et il nous semble important d’éclaircir ici quelques points. Toutefois, chaque personne possède un fonctionnement unique. Le HPI peut alors être Asperger et vice-versa. Par conséquent, ce qui va être exposé ici reflète des généralités et non une vérité irrévocable.

Dans un premier temps, la personne HPI et l’Asperger ont de nombreux points communs. Ils se sentent en décalage avec les autres, sont sensibles à l’injustice et peuvent avoir des hypersensibilités émotionnelles et/ou sensorielles. De ce fait, des difficultés comportementales peuvent apparaître, notamment au travers des crises de colères.

C’est au niveau émotionnel que nous pouvons commencer à les différencier, tout d’abord au travers la notion d’empathie. Le HPI sait identifier, comprendre et s’adapter aux émotions des autres, c’est ce qu’on peut nommer l’empathie cognitive. Au contraire, l’Asperger éprouve davantage de difficultés dans ce domaine. Toutefois, les deux font preuve d’empathie émotionnelle, en pouvant être envahis par les émotions des autres. Par ailleurs, les troubles du spectre de l’autisme impactent la verbalisation des émotions et la compréhension de leurs nuances. Le HPI va alors se singulariser en étant davantage labile.

Quelques distinctions peuvent également être apportées au niveau intellectuel. Une des particularités du HPI est que son QI se situe au-dessus de 125, contrairement à l’Asperger qui peut être défini comme tel dès lors qu’aucune déficience intellectuelle n’est avérée. Par ailleurs, le HPI semble avoir davantage de difficultés au niveau de la vitesse de traitement et de la mémoire de travail, tâches ne nécessitant pas de raisonnement particulier et ne motivant par conséquent pas l’individu. Il prend plaisir à raisonner, qu’importe le support. Notons que la mémoire est souvent une force pour l’Asperger.

Au niveau relationnel, l’Asperger relate des difficultés à se faire des amis. Il a de la peine à saisir la notion de plaisir dans l’échange et à s’adapter aux normes sociales. Le HPI va savoir être dans le plaisir avec quelques personnes, sachant allier partage et humour. Les deux personnes sont observatrices, mais l’Asperger va parfois parler sans filtre.

Quotidiennement, l’Asperger semble dans sa bulle, avec des champs d’intérêts restreints dont l’utilisation ou la compréhension est extrême. Il semble à l’aise en monotâche, avec des difficultés dans le jeu symbolique et imaginaire, et est facilement distrait sans avoir les aptitudes à se recentrer sur une même tâche. Un besoin de solitude est régulièrement mis en avant, notamment dû à des sensibilités sensorielles étant demandeuses de beaucoup d’énergie. La routine est également un facteur de stabilité dans lequel l’Asperger se sent confortable. En parallèle, le HPI aime la nouveauté et exprime une curiosité dans de nombreux domaines. Sa pensée en arborescence est en lien avec une imagination débordante et un besoin de raisonner, lui permettant d’être à l’aise avec les multitâches.

Il est nécessaire de préciser que ces deux types de fonctionnements présentent des difficultés d’adaptation à l’environnement à différents niveaux. En effet, le HPI se distingue par un raisonnement qu’il est difficile de transmettre, pouvant être vu comme une personne narcissique, ce qui peut être difficile dans un milieu professionnel. Quant à l’Asperger, son incapacité de partage et son manque de curiosité pour autrui sont souvent perçus comme des traits autistiques trop conséquents pour être acceptés. Ces deux personnes se sentent différentes, et ce depuis longtemps, le HPI ayant davantage conscience de ses particularités que l’Asperger.

Mallaury Viaud, psychologue FSP