Trouvez ici l’interview de notre psychologue qui vous accompagnera par le biais de l’EMDR ou sous l’angle de la TCC: Morgane Carbou

Morgane Carbou est psychologue clinicienne formée aux thérapies cognitivo-comportementales et à l’EMDR. Elle est spécialisée en psycho-traumatismes.

Quelles seront vos fonctions au sein du cabinet Hi-Mind ?

Je me propose à Lausanne d’organiser des sessions intensives d’EMDR (2 à 4 jours) aux personnes souhaitant effectuer ce travail sur un court laps de temps (pour des raisons professionnelles, organisationnelles, personnelles).

L’efficacité est équivalente à celle d’une thérapie organisée de manière plus traditionnelle étendue sur plusieurs semaines/mois à raison d’une consultation hebdomadaire.

Quelles sont vos attentes au niveau professionnel ?

J’apprécie exercer un métier qui est une véritable vocation. Déjà petite je cherchais à résoudre les soucis de chacun et à comprendre les mécanismes psychologiques sous-jacents.

La particularité du métier de psychologue est que vous entrez dans une véritable relation avec vos patients (en consultation il n’y a pas de masque social, d’apparences, de hiérarchie, de statut). Lors d’une thérapie, le patient et le praticien sont dans un échange authentique et donc riche d’enseignements sur ce qui fait la quintessence de l’être humain.

De plus mon hypersensibilité, mon empathie, mon besoin d’agir avec sens trouvent totalement écho dans cette activité.

Vous êtes à haut potentiel intellectuel. Comment vivez-vous cette caractéristique ?

L’annonce diagnostique m’a confirmé ce que je pressentais (à l’époque, c’était un sujet très à la mode médiatiquement et donc beaucoup d’émissions diffusaient des témoignages).

Par la suite, cela étant peu ou mal compris par les neuro-typiques, cela m’a valu comme à beaucoup de personne HP, une certaine stigmatisation. Les médias véhiculent en effet une image de « tête d’ampoule » que les parents entraineraient comme des rats de laboratoire ou de haut potentiel comme pure invention de famille de bons élèves prétentieux qui se penseraient au-dessus des autres.

Je l’ai donc souvent appréhendé comme un cadeau empoisonné, un handicap, une différence lourde à assumer car honteuse et très mal expliquée. Puis j’ai apprivoisé les différentes caractéristiques de cette manière de fonctionner : accepter les vulnérabilités que cela peut engendrer et potentialiser les forces et les atouts que cela confère. J’ai passé le permis et appris à conduire la Ferrari que représente le cerveau d’un HP. La vitesse peut être grisante et utile mais aussi dangereuse et incontrôlable surtout face à des routes sinueuses et escarpées…

Pensez-vous que le haut potentiel soit un avantage ou un inconvénient ?

Comme je l’évoquais plus haut, c’est ce que l’on est: un peu comme être blond ou avoir les yeux marrons. Il s’agit non pas de juger mais de faire avec, de potentialiser ses atouts et d’avancer tout en s’écoutant quitte à ne pas suivre la norme. Il est important de se faire confiance, de valoriser ses compétences et qualités…

Il y a des choses évidentes et aisées pour des normo-typiques qui seront un vrai casse-tête pour vous quitte à engendrer moqueries et/ou incompréhensions. À l’inverse, vous parviendrez certainement (sans forcément en avoir conscience) à réaliser avec facilité des tâches très compliquées pour d’autres. L’objectif est donc d’apprendre à se connaitre, s’accepter et avancer avec les cartes dont la vie vous a doté.

Pourquoi pensez-vous que l’EMDR soit particulièrement adaptée aux personnes à haut potentiel intellectuel ?

Au travers des thérapies EMDR que je dispense, nombre des patients qui sont venus à moi sont hypersensibles, empathiques, avec une faible estime d’eux-mêmes. Certains sont reconnus comme HP d’autres non (je ne fais pas passer de tests mais j’ai des « petites antennes » qui détectent assez bien les gens très doués qui se pensent stupides).

Or, j’ai remarqué que leurs difficultés viennent souvent de ce qu’ils ont traversé notamment dans l’enfance et l’adolescence. Je pense aux humiliations scolaires tout particulièrement qui peuvent grandement fragiliser le développement de l’estime de soi et entrainer de nombreuses problématiques à l’âge adulte.

De plus, les hauts potentiels ont souvent tout analysé, compris leurs difficultés voire leur origine. Mais cela ne suffit pas à dépasser le passé ni à apaiser les affects (système limbique) qui fonctionnent de manière antagoniste avec le côté rationnel du cerveau (cortex).

L’EMDR permet de réconcilier passé / présent et de mieux appréhender l’avenir.
Il s’agit d’une psychothérapie qui permet de nettoyer des mémoires traumatiques.

Elle traite donc à la fois le corps et l’intellect mais aussi la part affective qui est souvent mal comprise et délaissée (c’est un peu notre enfant intérieur dont les réactions semblent démesurées et qui ont pourtant un rôle capital).

Que pensez-vous du test de QI ?

La courbe de Gauss sous-entend qu’il y ait des gens au-dessus d’une norme et d’autres en-dessous. D’un point de vue sociologique, statistique c’est évidemment vrai et intéressant.

D’un point de vue clinique, c’est tout autre. Le test seul ne donne ni les clefs ni le mode d’emploi de ces cerveaux qui ne fonctionnent pas comme la plupart… Je trouve qu’un test de QI permet avant tout de rassurer quelqu’un qui se pense incompétent, inférieur aux autres, quelqu’un qui se croit bête.

Pour le reste je suis partisane du terme prôné par les autistes Asperger : neuro atypiques. Cela décrit très bien à mes yeux la réalité d’un « HP » : une sensibilité exacerbée, une pensée en arborescence, un attachement à la justice, des difficultés sociales, le faux-self. Bref il est question de bien plus qu’une intelligence évaluée qui score de façon plus élevée.

Comment pensez-vous que l’intelligence sera évaluée dans le futur ?

Je pense que nous tendons à nous rapprocher d’une approche dimensionnelle et de moins en moins catégorielle. Un individu est avant tout une constellation unique de particularités ; certaines entrainant des troubles ou non, selon leur mesure/démesure, environnement etc,…

Par exemple, quelqu’un avec peu d’empathie mais de hautes fonctions mnésiques sera ennuyé s’il a pour fonction celle d’enseignant ou d’infirmier, par contre cela sera un atout s’il est pilote ou chirurgien.

Un enfant ultra-sensible évoluant dans une famille d’artistes pour qui la sensibilité est un atout se sentira à sa place et pourra potentialiser sereinement ses facultés. A l’inverse d’un petit garçon évoluant au sein d’une famille pour qui la sensibilité est synonyme de faiblesse : «un homme ça ne pleure pas ». Il ne pourra s’épanouir et se sentira rapidement différent, stigmatisé, voire anormal.

Ce n’est pas le « quoi » qui compte mais le comment.

Le haut potentiel n’est pas enseigné comme pouvant potentiellement entrainer des difficultés: ni au sein des facultés de psychologie, ni de psychiatrie. Il est évident que cela pose des difficultés significatives dans la prise en charge de personnes présentant différents troubles mais dont le caractère HP est inconnu ou ignoré.

Je pense qu’à l’avenir les différentes dimensions de chacun pourraient être évaluées au-delà de l’intelligence logico-mathématique… Une approche plus holistique de l’individu serait bénéfique. Nous ne sommes pas que différentes parties corporelles et intellectuelles: nous sommes un tout avec un bagage génétique, une histoire, des expériences vécues, une personnalité, un tempérament, des envies.